Taïpei
Times : Les faiblesses de la Chine vues pendant
l’épidémie du syndrome respiratoire.
[Site Clartés et Sagesse]
Par Wang Dan
dimanche, 4 mai 2003, page 8.
Peu après que le grave
syndrome respiratoire aigu (SARS) ait éclaté à Hong Kong, Long Yongtu, le
nouveau secrétaire général du forum de Boao pour l'Asie, a accusé les médias de
Hong Kong de créer des sensations excessives avec la maladie.
De son point de vue, ce
n'était pas une grosse affaire pour Hong Kong, d’ avoir plusieurs centaines de
cas d' infection pour une population de 6 millions d’habitants. De sa manière
de penser, imaginez combien de personnes en Chine, avec une population de 1,3
milliards de personnes, devraient être infectées par la pneumonie atypique pour
obtenir la même attention que Hong Kong de la part des médias.
Naturellement, la réalité
traduit la pensée de Long. Après les révélations initiales au sujet de la
maladie, en novembre l'année dernière, ce n’est qu'en février que la ville de
Guangzhou, en raison des révélations répandues par les messages d'Internet et
des téléphones portables, a timidement « réfuté les rumeurs». Ensuite, les
nouvelles de l'épidémie ont disparues jusqu'à finalement échapper au contrôle.
La manière de
penser de Long reflète la réaction chinoise habituelle face à ce type de
problème. En raison du souci de stabilité pour le pays, « on ne permet jamais
aux questions sensibles» (dont la portée est sans limite) d'être publiées.
Cette manière de faire peut apporter des problèmes.
D'abord, il est maintenant
impossible de contrôler entièrement la diffusion d'informations. Cette épidémie
en est un exemple parfait. Les autorités chinoises ont continué d’essayer de la
cacher, mais après tout, le papier ne peut pas dissimuler le feu. En
conséquence celles-ci ont provoqué la panique parmi la population. La crainte
est une menace fatale au développement économique stable.
En second lieu, une économie
de marché est établie sur l'honnêteté et la crédibilité. Les cartes de crédit
dépendent de la crédibilité. Comment une économie de marché peut-elle se
développer avec succès en Chine, si la crédibilité est détruite depuis le
gouvernement jusqu’en bas? D'une part, les autorités chinoises s'attendent à ce
que les investisseurs étrangers aient confiance dans le développement
économique de la Chine, d'autre part, elles colportent des mensonges et cachent
l'information.
Troisièmement, la future
performance de la société, en particulier l'opération efficace des mécanismes
du marché, sera également basée sur la circulation et la transparence de
l’information. Si l'information ne peut pas couler librement, les mécanismes du
marché eux-mêmes seront faussés. Mais nous voyons toujours la Chine cacher
l'information dans ses efforts de contrôler l'épidémie.
Quiconque ayant
la connaissance des sciences économiques sait qu'il est difficile de fixer des
prix stables ou de préparer des analyses économiques exactes avec l'information
faussée ou déséquilibrée. Dans de telles circonstances, tous les
investissements sont sujets à beaucoup de risques inattendus.
La plupart des hommes
d’affaire ne considèrent que les aspects de leurs occupations commerciales. En
conséquence, quand les investisseurs de Taiwan considèrent leurs risques
d'investissement en Chine, ils évoquent rarement les problèmes liés au cadre
politique de la Chine. Comme nous pouvons voir au sujet de l'épidémie, il n'y a
aucun doute qu'ils manquent de prévoyance.
Si les autorités chinoises
avaient autorisé la diffusion des nouvelles objectives et mobilisé les forces
locales pour imposer la mise en quarantaine et le traitement des malades lors
du début de l’apparition de la première épidémie à Guangdong, il n’y aurait eu
aujourd'hui ni panique, ni d’ énormes pertes économiques. C'est un cas typique
de totalitarisme menaçant l’économie de marché.
L'épidémie passera
probablement par la suite, mais elle a montré que la lenteur et l'inadaptation
de réaction de la Chine sont peu susceptibles d'être remédiées sans réforme
politique, et en particulier une réforme des mass-médias. Autrement, la Chine
ne peut que prendre des mesures de bouche-trou, traiter les symptômes mais pas
la maladie. Ce serait bizarre qu’un tel système économique et politique ne
rencontre pas de tels problèmes.
Wang Dan était un chef des
étudiants lors des démonstrations de 1989 à la place Tiananmen à Pékin.
date originale d'article: 5/5/2003
traduit en Europe le 24.juin
2003
catégorie: nouvelles des médias.